IDYR : une marque de maroquinerie zéro déchet !

FOCUS MARQUE

As Salamu Alaykoum ! Coucou tout le monde !

Aujourd’hui, on parle mode. Mais pas n’importe quelle mode, la « slow fashion ».

Qu’est-ce que la « slow fashion » ?

Il s’agit d’un mouvement qui met en avant une mode plus écologique, plus responsable, plus éthique et surtout plus durable. On parle de « slow fashion » à plusieurs échelles : une fabrication locale, un achat de qualité et durable, une fabrication faite à partir de matériaux respectueux de l’environnement, une garantie de bonnes conditions de travail et d’un salaire juste. Il s’agit d’une mode engagée et soucieuse de la planète et ses habitants. On oppose la « slow fashion » à la « fast fashion ».

Qu’est-ce que la « fast fashion » ?

Il s’agit d’un mouvement né dans les années 1990 qui se base sur un renouvellement très rapide des vêtements proposés à la vente, plusieurs fois par saison, voire plusieurs fois par mois. Cette industrie textile est très polluante et souvent peu regardante sur les conditions de travail de ses ouvriers.

Aujourd’hui, je rencontre la co-fondatrice de la marque marocaine Idyr qui s’inscrit dans le mouvement de la « slow fashion ». C’est une marque qui propose des accessoires de mode et de décoration selon une technique marocaine traditionnelle de tissage.

Nous nous sommes données rendez-vous au Technopark de Casablanca, situé dans un quartier légèrement en périphérie de la ville. J’aperçois un grand bâtiment entouré de jolies fleurs, parfait pour me mettre dans l’ambiance d’un « green reportage ».

Ce que j’ai beaucoup aimé dans ce lieu est l’atmosphère. Ca grouille de start’up qui travaillent dur pour faire bouger les choses dans le pays. La co-fondatrice d’Idyr m’invite dans un espace de co-working totalement gratuit : des bureaux, des ordinateurs, la WI-Fi et un coin repos sont mis à disposition des jeunes start’up pour faciliter leurs projets.

Moi : Est-ce que tu peux te présenter ?

Amal : Amal Kenzari, 27 ans, ingénieur en procédés environnementaux et co-fondatrice d’Idyr.

Moi : Qu’est-ce que signifie Idyr ?

Amal : Idyr signifie « le vivant » en berbère. Pour nous, le vivant représente trois choses essentielles. Premièrement, est vivant le bout de tissu avec lequel on travaille. On travaille sur la valorisation des chutes de l’industrie textile : on leur donne une autre vie. Deuxièmement, sont vivantes les femmes artisanes avec lesquelles on travaille. Qu’elles aient ou non un savoir faire, on propose un emploi aux femmes vivant dans des situations précaires et qui veulent être indépendantes financièrement. Elles travaillent chez elles car elles ne peuvent souvent pas se déplacer : on leur apporte les métiers de tissage et les matières premières. Troisièmement, est vivante la technique de tissage Boucherouite qui fait partie des 10 métiers de tissage qui sont en train de disparaître au Maroc. La nouvelle génération ne s’y intéresse pas malgré que cette technique soit très demandée à l’international.

Moi : Peux-tu nous expliquer ce qu’est la technique « Boucherouite » ?

Amal : Dans les années 1960, les femmes berbères fabriquaient des tapis en laine pour ceux qui en avaient les moyens. Malheureusement, elles ne pouvaient pas en faire pour elles car la laine était trop chère : en hiver, elles ne trouvaient rien pour se protéger du froid. A partir de là, elles ont eu l’idée d’utiliser des vieux vêtements pour fabriquer des tapis. Voilà un bel exemple d’une Femme marocaine entrepreneure (rires) !

A l’époque, cette technique était utilisée par les gens qui ne possédaient pas beaucoup de moyens. On appelait cela « le tapis des pauvres ».

Moi : Mais aujourd’hui, les produits issus de cette technique sont très chers non ? Comment expliques-tu une telle augmentation du prix ?

Amal : La technique « Boucherouite » a été revalorisée par les Français. A Marrakech, il y a un musée dédié à cette technique de tissage.

Dans le monde entier, « le tapis des pauvres » fait même l’objet de tableaux vendus à des prix très élevés.

Moi : Peux-tu nous parler en détails des produits que vous vendez ?

Amal : Nous proposons des sacs à main, des trousses, des portes-clef et plein d’autres accessoires de maroquinerie. Nous vendons aussi des accessoires de décoration comme des tapis ou des poufs. Nous mélangeons le tissage avec d’autres tissus comme le cuir ou le daim. (Disclaimer: le cuir utilisé par Idyr provient majoritairement des abattoirs marocains pratiquant le rite d’abattage musulman veillant au bien-être et confort des animaux.)

Moi : Quelle plateforme utilisez-vous pour vendre vos produits ?

Amal : Nous les vendons sur les réseaux sociaux ou dans les concepts stores. Prochainement, nous allons travailler avec le concept store marocain en ligne Tindy (https://www.mytindy.com/) qui souhaite commercialiser à l’étranger. Nous sommes aussi présents dans les concepts stores physiques : à Agadir, vous pouvez retrouver nos produits chez Luxia concept store (https://www.facebook.com/pg/Luxia-Concept-Store-Agadir-187008201895697/posts/).

Moi : Faites-vous des envois à l’étranger pour les particuliers ? En France par exemple ?

Amal : Oui bien sûr. Nous avons un contrat d’e-commerce avec FedEx qui nous permet d’envoyer partout dans le monde. En France, les frais d’envoi pour un kilo s’élève à 15€.

Moi : Quels sont les objectifs de la marque ?

Amal : On veut faire d’Idyr une marque internationale représentant un vrai art marocain revalorisé dans le monde entier. Et bien sûr, nous souhaitons insérer plus de femmes pour  leur offrir autonomie et indépendance. Sans oublier notre objectif environnemental : nous souhaitons donner un exemple de durabilité. En effet, le Maroc rejette plus de 200 000 tonnes de déchets rien que pour l’industrie textile et cela sans aucun contrôle. Nous souhaitons y remédier. Notre marque est sociale, environnementale et culturelle.

Moi : Avez-vous d’autres projets pour l’avenir ? Souhaitez-vous lancer une collection de vêtements par exemple ?

Amal : Nous ne sommes pas des designers de mode : nous devons collaborer avec des spécialistes du domaine. Actuellement, nous collaborons avec une marque marocaine de vêtements du nom de Sdaffa qui veut intégrer le « boucherouite » dans ses produits (scoop qu’elle n’avait pas encore révélé dans la presse au grand public !). On vient de lancer cette idée : les prototypes sont en cours mais aucune date n’est fixée pour la sortie des produits. En parallèle, on prépare la nouvelle collection avec de nouveaux designs.

Moi : Que penses-tu de l’impact de la « fast fashion » sur l’environnement ?

Amal : Comme je l’ai dis précédemment, au Maroc, 200 000 tonnes de déchets sont rejetés annuellement par l’industrie du textile. C’est énorme. Il n’y a aucune responsabilité de la part des entreprises. Le consommateur doit savoir cela : il doit être informé de cet immense impact sur l’environnement. Il doit aussi savoir qu’il y a des alternatives à cette fast fashion.

Moi : Selon toi, les consommateurs marocains sont-ils assez informés à ce sujet ?

Amal : Non. Au Maroc, c’est vraiment une niche. La classe moyenne représente 60% de la population. Pour eux, responsabilité environnementale ou non, peu importe. Ce n’est pas intéressant : le plus important est de s’habiller et c’est tout. C’est vraiment un travail qui doit être fait à long terme.

Moi : Est-ce que vous faite ce travail de sensibilisation ? Ateliers ? Conférences ?

Amal : Nous collaborons avec d’autres entités pour effectuer ce travail de sensibilisation. Par exemple, pour la journée de la Terre (qui se tient le 22 avril), nous avons fait des ateliers avec l’association JCI Casablanca (https://fr-fr.facebook.com/JCIMarocOfficielle/). S’il y a un évènement, nous parlons de cet impact sur l’environnement et la société.

Moi : Quels sont les arguments que vous avancez pour convaincre le public ?

Amal : Ce qui parle aux gens, ce sont les chiffres et les statistiques : il faut commencer par cela. Prenons par exemple le chiffre déjà cité concernant les déchets de l’industrie textile au Maroc. Ces déchets atterrissent dans des décharges qui ne sont pas contrôlées. Ils ne seront pas traités et vont polluer le sol, l’eau et les animaux qui vivent aux alentours. L’impact de la « fast fashion » est indirect mais très violent.

En parallèle, le mouvement de la « slow fashion » introduit la notion de responsabilité autant au niveau du producteur que du consommateur. Cela concerne tous les sujets : l’utilisation de l’eau, le recyclage des déchets, et autres. Pour que la sensibilisation soit plus grande, tous les acteurs agissant en faveur de l’écologie doivent travailler ensemble et assurer un suivi continu auprès de la population.

Moi : Est-ce que tu trouves que la « slow fashion » est développée au Maroc ?

Amal : Comme je l’ai déjà dit, il s’agit d’une niche.

Moi : Peux-tu nous donner un chiffre même approximatif ?

Amal : Il y a très peu de marque de « slow fashion » au Maroc, je dirai une vingtaine. Et encore, c’est l’hypothèse optimiste (rires) !

Moi : Sont-elles toutes situées à Casablanca, pôle économique du royaume ?

Amal : Non. Il y en a à Casablanca oui mais surtout à Marrakech. Il y a même des organisations qui viennent de l’étranger pour accompagner des femmes afin qu’elles créent leurs marques de « slow fashion ».

Moi : Qu’est-ce qui justifie le fait que Marrakech soit le « leader » de la slow fashion au Maroc ?

Amal : A Marrakech, il y a un énorme potentiel de femmes artisanes, et surtout une main d’œuvre peu chère. Elles sont formées et ont le savoir faire alors qu’à Casablanca, il n’y en a que très peu. A Marrakech, c’est très simple de créer sa marque car le circuit de production est court. Ici à Casablanca, c’est difficile de trouver des femmes mais surtout des femmes qui veulent travailler. Elles doivent nous faire confiance sans pouvoir se rassurer avec d’autres références d’entreprises qui se revendiquent de ce mouvement éthique. Au contraire, à Marrakech, les exemples sont très nombreux : les femmes voient que cela marche donc acceptent d’y participer.

Moi : Tu parlais d’une main d’œuvre moins chère à Marrakech, les femmes sont-elles vraiment rémunérer à leur juste valeur ? En effet, de bonnes conditions de travail, et donc une juste rémunération font partie des piliers du mouvement de la « slow fashion ».

Amal : Il y a des marques qui ont le label de « commerce équitable ». Ils doivent donc payer correctement les femmes.

Moi : Souhaitez-vous obtenir vous aussi le label « commerce équitable » ? Vous y travaillez ?

Amal : Oh oui ! C’est vraiment un plus qui va nous aider : cela va augmenter la notoriété de la marque.

Moi : Avez-vous déjà eu des propositions de collaborateurs étrangers ?

Amal : Bien sûr. Nous allons bientôt faire une livraison en Afrique du Sud. Nous avons aussi eu des propositions venant du Canada, des Etats-Unis, de l’Europe.

C’est ainsi que c’est terminé notre entretien : j’avais des étoiles plein les yeux et le cœur.

 J’admire le travail de cette femme. Pourquoi ? La « slow fashion » est quasi inexistante au Maroc. Le travail de sensibilisation qu’elle mène est indispensable : c’est le début d’une prise de conscience quant à une des industries les plus polluantes du monde.

Ce sont des initiatives comme celle d’Idyr qu’il faut mettre en avant et soutenir afin de faire changer les choses. Et puis, comment ne pas craquer pour de si jolies pièces ? Un travail soigné, de qualité, éthique et responsable.

Pour ma part, je repars avec la sacoche banane RAML couleur jaune moutarde : un vrai coup de cœur. Et ce n’est pas prêt de s’arrêter !

A bientôt pour un nouvel article sur le Maroc au naturel!

Nora B.

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